
Comment vous la présenter ?
Je l'ai déjà dit Désirée est personnage de papier fabriqué dans de la pure pâte à fantasmes. Je ne sais pas très bien ce qui a pu chatouiller son auteur. C'est très enchevêtré dans sa tête. Il assure l'avoir rencontrée aux Pays Bas, dans un cabaret où elle offrait ses formes dans un numéro pour clients en rut. Ce qui ne l'empêchait pas, loin des regards de sucer son pouce comme une petite fille. Il l'a extraite de son monde tamisé, mesurant l'intérêt esthétique de cette beauté particulière. Il lui arrive cependant que le personnage lui échappe, qu'elle jette ses écrits à la corbeille pour mieux les remplacer par les siens.
Allez savoir pourquoi ?
H.E.
Ce soir il va venir. Il lui a dit tout à l’heure vers seize heures. Elle en a à peine fait plus que lorsqu’elle est seule. Elle a poli consciencieusement son corps comme la mer malmène ses galets. Elle a joué de lames, d’eau chaude, de crèmes et d’huiles pour parfaire le travail de la douceur extrême, …presque comme d’habitude.
Elle s’est baladé nue dans l’appartement en rangeant un peu quelques dossiers, en lissant la peau du canapé. Elle a enfilé les bas tout doucement sur ses jambes pour ne pas les filer, car elle les aime trop ses bas Chantal Thomass qui lui ont coûté un bras ! Elle a remonté le petit string le long de ses cuisses satinées et agrafé l’étroit bout de soie qui lui fait la taille minuscule, …presque comme d’habitude.
Puis elle a glissé ses bras sous les bretelles du soutien gorge avec cette technique si particulière qu’elle a de le faire : en se baissant, elle attrape d’abord un sein à plein main et le place bien haut dans le bonnet et fait pareil pour l’autre. Elle se redresse la poitrine fière et les cheveux en arrière, …presque comme d’habitude.Elle allait s’habiller quand elle a croisé son reflet dans le miroir.
A cet instant, elle aurait aimé être un homme pour profiter de cette bouche, de ces seins, de ces fesses...


Et soudain, il est là, derrière elle, juste à deux pas, pris dans le même reflet. Comment est-il entré ? Des frissons parcourent sa peau. Elle connaît bien cette crainte, mêlée d’excitation…être surprise, à sa merci, peut-être. Il est torse nu. Une odeur de corps fait le tour de ses poumons. C’est l’odeur chaude de leurs anciennes amours. Son corps s’enroule au sien comme une liane sauvage. Elle pousse un petit cri fêlé. Il laisse lentement dérivé son regard sur le désordre de son corps. Le soutien gorge glisse sur ses seins bondissants. « J’avais oublié ta carnation transparente, ta silhouette enfantine », lui dit-il. Il capture sa bouche. Un rouge change de lèvres. « Ta peau ! Mon dieu, ta peau ! » Il la regarde comme si c’était la première fois. Il incline sa haute taille vers elle. Ses mains s’emparent du petit string. Elle entrevoit les deux rides verticales qui marquent ses joues creuses et confèrent une sorte de noblesse désabusée à son visage. Elle s’agite un peu, d’une façon dérisoire. Elle est nue maintenant, debout.
Que tu es jolie ! Murmure-t-il.
Il lui ouvre les cuisses, là, devant le miroir. Elle sent que quelque chose l’a métamorphosé. Qu’il va la conduire vers une manière de faire l’amour jamais abordée. Qu’elle va perdre tout sens moral. Vous savez comme c’est ? Quand les femmes vous grimpent autour de la taille. Rien ne les arrête plus. Elles se transforment en courtisanes. Elles vous réservent des grottes magnifiques, des chevaux emballés, des couleuvres, des orgues noires, des soies voraces, des raffinements de papillons, des jambes ruisselantes..
Tout était si facile ce soir là…si loin des images déteintes de leur passé.
Toute au présent.
Elle en a profité toute seule… sans artifice, sans accessoire autre que le miroir.
Quand il est arrivé, elle n’était pas encore coiffée. Elle a enfilé une robe vite fait. Il a pressé sa bouche froide sur la sienne encore toute rose et enflée d’un désir récent. Elle a deviné la cigarette récemment écrasée avant le chewing-gum mentholé, …comme d’habitude.
Il a déboutonné maladroitement la robe, …comme un autre.
Il lui a dit qu’il ne pouvait pas rester longtemps.
Il a glissé ses mains sous ses fesses et l’a emmené comme on porte une poupée dans le salon sombre, sur une table débarrassée de ses dossiers. Il lui a dit j’aime ta bouche, j’aime tes seins, j’aime tes fesses, sans jamais la regarder. Une jouissance solitaire est venue. Il manquait quelques minutes, quelques yeux dans les yeux, quelques mots amoureux. Il a fumé une cigarette en parlant un peu de son travail. Puis il s’est fait la belle, sans même lui avoir dit qu’elle était jolie.
Il y a encore dix ans, cet homme c’était son mari.
Maintenant c’est un ami, …presque comme un autre.


L’Obsessionnel
L’obsessionnel se situe en permanence dans le différé de peur de rencontrer la différence. Il refuse toute possibilité de découverte ou plutôt ne veut découvrir ce qu’il connaît déjà. Il ne sort donc jamais de son territoire, crée des symétries permanentes alors que le désir présuppose justement l’asymétrie. Une folle idée ne cesse de le hanter : l’épuisement du désir une fois celui-ci mis en acte. D’où la difficulté de fonder quelque chose dont souffrent beaucoup d’obsessionnels. Il est conformiste, n’existe que dans la ritualité, prend tellement au sérieux tout acte, même anodin, qu’il refuse tout engagement, de crainte de basculer dans la passion. Sa terreur de l’engagement repose sur la sacralisation de l’existence.

Le passionné
La passion est un plan fixe : le passionné ignore le clin d’œil, il regarde l’extérieur avec des yeux grands ouverts sur l’intérieur. Il tente de fixer sur la pellicule une seule image pour deux. Certes, la subjectivité de l’autre a son importance, mais sur un mode très particulier : il veut que la cause de son désir coïncide avec l’éveil du désir de l’autre. « L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas » disait Lacan. Donner ce qu’on a revient à faire la charité. Ce qu’on n’a pas est bien plus précieux. Toute l’éthique amoureuse repose sur la nuance entre amour et passion. Le passionné est condamné à exhiber sa souffrance. L’aspect intraitable de la passion surgit quand l’autre se dérobe. L’autre doit être là tout le temps, tout de suite, à disposition. La passion crée toutes les conditions d’une fin dramatique et meurt dans un : « plus jamais ça ».
Vous avez dit un homme ?
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de vous tailler un short. Votre profil ? Ennemi public numéro 1. Vous êtes égoïste, infidèle, négligeant, obsédé par votre job, scotché devant les matches de foot. Vous oubliez les anniversaires. Vous faites de mauvais plans pour avoir des enfants. Vous reluquez nos meilleures amies. Vous ne faites pas de sport ou alors trop. Au lit, vous n’êtes pas un cadeau…Pourtant on voudrait bien transformer la bête infâme. Vous rendre acceptable. Vous fantasmez sur Sharon Stone (basic instinct) ? Nous on s’agite sur Michel Douglas. Mais il existe tout de même une différence. Et pas qu’un peu. Si on vous offrait de passer à l’acte avec Sharon, vous fonceriez… Alors que nous on a compris depuis longtemps que les héros de cinéma ne doivent jamais descendre de leur écran, n’en déplaise à Woody Allen…Le fantasme, chez nous, se situe dans la tête. Pas au dessous de la ceinture. Ne me lancez pas de SOS. Vous êtes seul, tout seul, face à l’animal le plus compliqué de la création, c'est-à-dire vous.
Courage
Silicone Poupée
La soirée Démonia et sa horde de fétichistes m’a conduit à m’interroger sur la poupée gonflable. J’ai envie de vous en parler un peu. Je veux bien qu’un photographe de renom, ayant pignon sur rue à Paris, l’utilise comme élément photographique en faisant référence au Cri de Munch…Ça coûte sans doute moins cher qu’un modèle en chair et en seins. Il paraît qu’un japonais se trouve à la tête d’une collection de 40 poupées, reproductions exactes de femmes, enfin presque. Elles partagent sa vie quotidienne. Sans doute doit-il travailler à partir d’une table de gonflage des pneumatiques ? Sans doute est-il capable de décliner sans erreur le nuancier du latex ? Sans doute se livre-t-il à des jeux compliqués ? Mon Dieu ! Que gagne-t-on dans un grand écart dévoyé entre l'enfance et l'âge adulte ? Cette utilisation orientée de la poupée n’est-elle pas synonyme d’une misère affective et sexuelle ? Ne renvoie-t-elle pas aux aspects le plus déprimant du désir : les côtés solitaire et surtout vulgaire. A-t-on oublié qu’il n’y a pas très longtemps les sex-shops, pour vendre n’hésitaient pas à proposer des produits à l’aspect “cheap”… “Plus c’est laid, mieux c’est.” ? Dans cet esprit les poupées gonflables ont longtemps été fardées comme des prostituées outrancières…Elles sont des ersatz de tapineuses qui font penser à des passes au rabais. Aujourd’hui, même teintées d’ironie, je n’y vois toujours qu’une sorte de renoncement aux rêves de rencontre, de réussite et de beauté. Laissons l’univers onirique des poupées (les vraies) aux enfants et aux fêtes.
PS: taille: 1m54, poids 27 kilos, prix: à partir de 4900 euros suivant les modèles.


Les hommes sont toqués de Webbie Tookay,
C’était au cœur de 1999. Une naissance et un joli coup de pub pour Élite. Webbie Tookay, superbe top model, brune, grande, aux déhanchements lisses et sexy débarquait dans le monde de la mode et du luxe. C’était le résultat d'un an de travail de l'artiste suédois Steven Stahlberg. Sa « créature » était composée de plusieurs dizaines de milliers de polygones et valait plus d'un million de dollars C’était le show des apparences, du virtuel. Aujourd’hui il existe même des rivalités entre les créatures artificielles. Six au moins sont devenues des célébrités mondiales. Elles font concurrence aux top-modèles en chair et en os (plutôt en os). Tenez, Webbie par exemple a été vue à la télévision, sur les chaînes ABC et BBC, au Brésil, dans des catalogues de vente par correspondance, aux côtés d’authentiques stars comme Amber Valetta ou Isabelle Rosselini. Et en plus, elle est docile, avec des formes impeccables sans avoir à faire de régime. C’est pas mal, non ? Elle aurait même une vraie «personnalité» propre, aimerait la disco, se préoccuperait de la faim dans le monde. Rien que ça. C’est une façon de rendre, paraît-il, ces êtres «moins artificiels». Et vous les mecs ! Alliez-vous mourir d’amour pour une cocotte virtuelle ? Ferait-elle de l'ombre à Lara Croft ? Et bien oui, ça a marché. C’est juré…

L’Érotisme au féminin.
Tiens donc ! Voilà qu’après Arte ou encore Canal+, France 2 se veut à son tour un laboratoire de l’imaginaire érotique. Il y a, à priori, un élément rassurant dans cette démarche. Les commandes ont été confiées à trois femmes, (cinéaste et réalisatrice) pour cinq histoires courtes, cinq propositions singulières, décentrées, parfois contradictoires, censées définir un point de vue féminin sur le désir à l’écran.
Je mettrai toutefois un bémol personnel.
La télé est-elle l’espace idéal pour une telle démarche ? L’imagination et le sentiment ne s’effacent-ils pas au profit de l’action et de la sensation immédiate ? On ne peut pas nier que le petit écran privilégie de plus en plus ce qui est de l’ordre du saisissable et du visible par rapport au ressenti intime et secret. J’y vois même un symptôme de l’anémie de l’imaginaire et de l’affectivité, voire du désir au sens large.
Alors me direz-vous ?
Et bien, je préfère les petites salles obscures de cinoche (elles sont rares), parce qu’elles renvoient à des vécus enfantins, stimulent les processus primaires à l’œuvre dans le fantasme et la vie onirique. C’est aussi le lieu discret des petits plaisirs, des caresses, des câlins…et je crois que l’érotisme féminin se nourrir avant tout chose de toutes ces jouissances minuscules. Entrer dans une salle de cinéma, enfin certaines, c’est entrer dans un bain de rêve, dans ce qui relève du domaine de la tendresse et donc y rencontrer l’érotisme féminin. Le vrai.

DRU: imaginé par Nathalie Trafford et Jihane Chouaid, réalisé et écrit par Jihane Chouaid : une femme et un homme qui luttent. A terre et corps à corps. A égalité? Comment savoir? Cherchent-ils à vaincre? En tout cas aucun ne veut céder...
Chaque magazine féminin a son type de lectrice. N’est-ce pas?
Il arrive que certains numéros donnent dans l’érotisme, une autre façon d’élargir son cœur de cible.
Je n’écris là rien de nouveau ? J’en suis consciente. Cependant que pensez-vous d’une première de couv’ qui montre un fauteuil terriblement sexy à talon aiguille ? Est-ce une incitation habile et audacieuse à prendre son pied ? Un coup de chapeau à Almodovar et son érotisme torride. L’objet est en vente dans la boutique Piment rose pour tout de même 902 euros. Vous pouvez également découvrir une déco anglaise sexy en diable. My Good ! A vous faire prendre sans tarder un billet pour le prochain Eurostar. Dans ce même mag (Elle de décembre 2008), je sais c’est un peu tard pour en parler, mais toujours visible sur le Net, des hommes nus, drapés sur des houses de couettes, des assiettes hyper lestes, des leçons de Kama Sutra sur taies d’oreillers.
Bref, un festival de fantasmes, propres à prolonger très agréablement un petit repas d’amoureux, si vous voyez ce que je veux dire

La face du bronzage
Sous les pavés, on le sait, il y a la plage. Mais sur la plage qu’y a-t-il ? Beaucoup de choses en cette fin de mois de Juillet 2009 estival…juste le temps tout de même de vous faire voyager à rebours vers juin 1946. C’est l’année où la face du bronzage a changé. Pourquoi ? Vous donnez votre langue au chat ? Voilà…Louis Reard et son bikini…Pourquoi lui avoir donner le nom de cet atoll, site des premières expériences atomiques ? Peut-être se doutait-il que quelques centimètres carrés de tissu, portés par Michèle Bernardini, danseuse au Casino de Paris allaient provoquer une explosion hexagonale et plus que ça… L’évènement fit en effet scandale, mais rien ne parvint à arrêter la propagation de l’onde de choc provoquée par le bikini. Une vraie traînée de poudre sur le corps de deux bombes : Marilyn et Bardot…suivies d’autres stars.
Aujourd’hui dépassé, il reste cependant comme la première marque de la libération moderne, l’art et la manière de bronzer à la française, tout en admirant la beauté des femmes.

